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AAC colloque interlangues "L’exquis"

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Bibliographie

Université Bordeaux Montaigne – Colloque CLARE / LaPRIL
7 et 8 mars 2019
L’exquis
En qualifiant un objet d’exquis, non seulement le locuteur/la locutrice exprime sa plus haute
appréciation, mais encore il/elle revendique l’approbation de son jugement par autrui pour sa sélection.
Les objets, situations, attitudes pouvant être qualifiés d’exquis sont nombreux1
_ :
mets, vins exquis ; saveur exquise ; arome, parfum exquis ; mobilier exquis ; musique
exquise ; poème, style exquis ; sensation, heure exquise ; moment, temps exquis ; profil,
sourire, visage exquis ; geste, mouvement exquis ; discrétion, douceur, gentillesse, politesse
exquise ; goût exquis ; manières exquises ; être exquis ; choix, jugement exquis ; douleur
exquise.
Les objets ainsi désignés semblent avoir pour caractéristique commune d’être façonnés par l’homme
(un paysage naturel ne peut être qualifié d’exquis), d’être de dimension limitée (tableau exquis). Le
terme peut porter aussi sur des êtres humains, des façons d’être, des moments d’exception.
L’appréciation livrée fait intervenir des notions liées à la rareté et au raffinement (un mets, un tableau
peuvent être d’une simplicité exquise, le plaisir qu’ils procurent est délicat).
Le jugement porté est d’ordre à la fois esthétique et social, dans la mesure où il suppose le
partage, donc une communauté – même si celui qui l’émet prétend implicitement à une forme
d’élection en manifestant ainsi son aptitude à saisir les qualités particulières, peu communes de cet
objet, cet être, cette situation.
Le terme « exquis », qui relève d’un niveau de langue relevé, est plus ou moins usité, mais cela tient
sans doute à son domaine d’application, circonscrit par définition. Il est ressenti comme désuet
actuellement. On pourra se demander dans quelle mesure cette valeur ne serait pas périmée, ne
résisterait plus que dans les marges.
Le mot « exquis » vient du latin (exquisitus : choisi, recherché, distingué, raffiné). Synonyme
d’élection, de rareté, d’exclusivité, on le retrouve dans plusieurs langues, avec des emplois et des
champs d’application variables : « exquisit » en allemand, « exquisite » en anglais, « squisito » en
italien, par exemple.
En anglais le terme « exquisite » peut s’appliquer comme en français à la nourriture, la beauté,
aux manières, à des objets manufacturés comme les bijoux ou l’artisanat. Une autre acception désigne
l’intensité d’un plaisir, d’une douleur.
1 Exemples empruntés au CNRTL : http://www.cnrtl.fr/definition/exquis
2
En allemand2
, pour exprimer tout ce que le mot « exquis » peut recouvrir en français, il faut
parfois recourir à d’autres termes – « erlesen », pour caractériser un style littéraire, par exemple.
L’exquis, qui n’a pas encore été érigé en catégorie, ni a fortiori théorisé, semble d’autant mieux se
prêter au renouvellement d’approches esthétiques que la notion n’apparaît pas chez les grands
théoriciens allemands (Kant, Hegel, Adorno) par exemple. Proche du sublime, lié au plaisir, l’exquis
s’inscrit pourtant dans une référence aux qualités sensuelles, ce qui en fait un jugement de goût par
excellence.
Valeur exotique à l’ère de la mondialisation et des « post- », l’exquis pourrait de plus être une
notion ambivalente lorsqu’il fait intervenir la dimension ironique par exemple.
Le corpus premier étudié dans les communications peut être d’ordre textuel ou non textuel. Il n’est
délimité ni dans le temps ni dans l’espace (il peut être extrait de cultures européennes, mais aussi non
européennes), ni sur le plan des outils ou de la méthode d’analyse (littéraire, linguistique,
philosophique…).
Le jugement porté devant témoigner d’un consensus minimal (l’exquis, jugement esthétique et
social), il faudra cependant que le corpus étudié comprenne effectivement le terme d’exquis ou des
équivalents reconnus. Pour les œuvres d’art (cinéma, musique, peinture…), les critiques (de tout type,
amateur ou professionnel) seront donc privilégiées et envisagées dans leur relation à l’œuvre.
L’approche pourra être diachronique, ou synchronique : quelles sont les périodes historiques,
genres ou courants artistiques et littéraires qui valorisent l’exquis ? Dans quelles conditions le
rencontre-t-on de nos jours ?
Les dimensions genrée, sociologique et économique, commerciale, non négligeables dans le
commerce du goût, pourront aussi être prises en compte.
Les communications (trente minutes maximum) auront lieu en français, elles donneront lieu à débat, et
seront publiées sous forme d’ouvrage.
Si vous souhaitez participer à ce colloque, merci de bien vouloir envoyer votre proposition aux
coordinateurs : Élizabeth Guilhamon (CIRAMEC / LaPRIL), Achim Geisenhanslüke (Littérature
comparée, Université de Francfort-sur-le-Main), Nicole Pelletier (CIRAMEC) et Géraldine Puccini
(LaPRIL)
Elizabeth.Guilhamon@u-bordeaux-montaigne.fr
Geisenhanslueke@lingua.uni-frankfurt.de
Nicole.Pelletier@u-bordeaux-montaigne.fr
geraldine.puccini@u-bordeaux-montaigne.fr

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