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France-Europe Centrale et Orientale - La combinatoire lexicale : corpus et dictionnaires (Linguistique, didactique et littérature)

Bibliographie

Colloque international France-Europe Centrale et Orientale

La combinatoire lexicale : corpus et dictionnaires

(Linguistique, didactique et littérature)

Colloque International

Université d’Artois

6 & 7 juin 2019

Organisé par Jan Goes, Luis Meneses-Lerín et Jean-Marc Mangiante (GRAMMATICA EA 4521),

en collaboration scientifique avec Textes et Cultures (EA 4028)

Appel à communications

Des linguistes et des didacticiens affirment que les usagers d’une langue combinent librement les mots pour communiquer et pour exprimer des idées. Pourtant, les corpus et les dictionnaires nous permettent d’une part, d’observer que ce n’est pas toujours le cas et, d’autre part, d’identifier de nouvelles associations de mots à partir des corpus qui ne sont pas répertoriés dans l’ensemble des ouvrages lexicographiques (...). En effet, certaines unités lexicales présentent des liens privilégiés avec d’autres unités lexicales spécifiques. Par exemple, pour exprimer « personne qui analyse », nous pouvons employer le verbe analyser. Mais pour signifier « la façon dont cette personne analyse un fait ou un phénomène quelconque », le verbe analyser nous impose des contraintes de sélection parmi un nombre restreint d’unités lexicales : analyser froidement, analyser longuement, analyser méthodiquement, etc. Il est de même pour exprimer l’intensité auprès du verbe boire : boire énormément, boire ferme, boire comme une éponge, boire comme un trou, etc. Dans le même ordre, nous notons également dormir à poings fermés, manger comme quatre, etc. Toutes ces combinaisons du type lexical sont souvent connues sous le terme de collocations. Cependant, cette notion pose problème au niveau de la reconnaissance entre les combinaisons libres et collocationnelles.

Les collocations relèvent de la combinatoire lexicale qui peut être définie comme toute association privilégiée entre une unité lexicale et une autre unité lexicale spécifique. Cette association privilégiée entre certaines unités lexicales se fait de manière spontanée « une peur... bleue », « une arrestation...musclée », « des dommages collatéraux », etc., et reste difficilement prédictible.

Bien qu’il s’agisse d’un phénomène récurrent dans les langues, on se contente le plus souvent de mentionner que ces types de combinaisons sont fixés par leur usage et leur séquence d’emploi. La question de « l’usage » nous renvoie aux différents domaines (restauration, hôtellerie, politique, etc.), tandis que la question de la « fréquence » nous renvoie à la notion de cooccurrence.

Comme l’indique le passage précédent, la plupart des travaux, souvent rattachés aux études phraséologiques, cherchent à identifier et à décrire ces combinaisons à partir des aspects syntaxiques et lexicaux. Mais très peu de travaux ont abordé les aspects sémantiques de la combinatoire lexicale.

Du point de vue linguistique, le colloque sera l’occasion de reprendre les concepts déjà existants et rigoureux (base, collocatif, unité hybride, collocations régulière et irrégulière, motif, etc.) afin de voir dans quelle mesure ils pourraient participer à l’élaboration de tests sémantiques plus variés et plus précis. Cela nous permettrait de mieux comprendre les mécanismes sous-jacents de ces combinaisons du point de vue du sens et de proposer des descriptions sémantiques plus fines. Or, comme il n’est pas aisé d’appréhender le sens, il est nécessaire de faire appel à des concepts issus du domaine de la sémantique dont nous retenons les trois points suivants :

• l’appropriation qui renvoie à un phénomène observé lors de la description de paradigmes, relativement fermés, et qui cherche à décrire les associations libres des mots dans le cadre de la phrase (Mejri, 2011 : 84). Il serait non seulement intéressant d’identifier et de décrire les combinaisons lexicalisées propres à un type de corpus ou de dictionnaire (Hausmann & Blumenthal, 2006) mais également d’identifier de nouvelles collocations dans des domaines de spécialité (Mangiante & Meneses, 2016) ;

• la congruence qui est un principe général des langues et qui dirige la concaténation des unités linguistiques en construisant des séquences cohérentes et cohésives (Mejri, 2018 : 12). Ce concept pourrait nous permettre d’aborder la nature sémantique de certaines combinaisons lexicales (Grossmann, Mejri & Sfar, 2017 ; Ben Amor, 2017), en français et dans d’autres langues (Zhu, 2016 & Meneses-Lerín, 2016) présentes dans les dictionnaires et les corpus afin de mieux décrire et/ou enseigner ce type d’unités ;

• la prédication qui s’avère une opération cognitive relationnelle et qui fournit la possibilité de créer des liens entre les entités (Mejri, 2017 : 125), autrement dit, entre les unités monolexicales et/ou les unités polylexicales. Les différents travaux pourront aborder la notion de prédication pour mieux décrire la relation prédicat-argument (Goes 2008 & Tutin, 2013) et leurs liens avec la modalisation (Buvet, 2018).

Du point de vue didactique, la combinatoire lexico-syntaxique en tenant compte des aspects sémantiques n’est pas toujours développée dans les manuels et programmes de formation alors qu’elle revêt une importance considérable dans la compréhension et la production des discours spécialisés. La combinatoire lexico-syntaxique réunit les données permettant au locuteur de mobiliser les unités lexicales en contexte(s), et elle contribue à fixer des classes sémantiques et des rubriques syntagmatiques qui favorisent l’élaboration de collocations, voire des phrases prototypiques, nécessaires à l’acquisition des compétences discursives des apprenants. Les corpus exploités en analyse des discours professionnels et académiques laissent entrevoir les liens de dépendance entre les règles de construction textuelle et la combinatoire lexicale. Cette mise en évidence s’avère essentielle à la formation linguistique des apprenants de Français sur Objectif Spécifique ou Universitaire (FOS/FOU) notamment lorsqu’il s’agit d’identifier des collocations propres à un domaine spécifique.

Du point de vue littéraire, les Cent mille milliards de poèmes de Raymond Queneau sont emblématiques d’un texte dont la lecture peut se fonder sur la nécessité ou sur le hasard, la multiplication expérimentale du sens ou la recherche d’une logique. Nécessité : la langue et ses topoï, ses épithètes de nature, ses structures systématiques ; mais aussi ses rencontres aléatoires, comme celles cultivées par les Surréalistes. Nécessité au sens où Mallarmé conçoit le Livre : le dernier, l’ultime, le livre absolu qui contient, qui est l’univers, tout en en constatant par avance l’impossibilité dans son Coup de dés. Saint-Simon, dans ses Mémoires, évoque ces « propos matrices » qui, à force d’être copiés, exploités, métamorphosés, renouvellent, engendrent d’autres « matrices » textuelles, comme si un schéma premier était susceptible, par le travail et l’inspiration, mais aussi par la seule transmission, de se démultiplier jusqu’à produire une parole neuve.

Il est des formes prégnantes (lieux communs, syntagmes lexicalisés, mètres prosodiques, figures de style, ordre des mots…), références indispensables à la communication car elles abolissent la distance entre les individus en étant l’objet d’une re-connaissance, il est de même des contraintes génériques, que l’écrivain les accepte ou les pulvérise, à l’origine de toute poétique.

Ce colloque inaugural « France-Europe Centrale et Orientale » vise à fédérer les recherches en linguistique et en didactique de toutes les universités qui ont participé à des accords bilatéraux avec l’université d’Artois. Il constitue un renouveau radical par son ouverture à la fois à la linguistique, la didactique et la littérature.

Ce premier colloque tentera de répondre aux interrogations suivantes :

• Quelle serait la nature sémantique de ces types de combinaisons ?

• Quels seraient les traits sémantiques internes et externes qui interviennent dans la création des collocations ?

• Pouvons-nous parler de degré de figement à l’intérieur de la combinatoire lexicale ?

• De quelle manière mesurer le degré d’attraction lexicale du point de vue sémantique entre les différents constituants ?

• Comment intégrer l’analyse de la combinatoire lexico-sémantique aux contenus de formation en FOS/FOU ?

• En quoi les contextes professionnels et académiques interviennent-ils dans la combinatoire lexico-sémantique mise en évidence dans les discours de spécialité ?

• Peut-on interpréter ces phénomènes combinatoires à la lumière des régulations textuelles qui régissent les genres professionnels, scientifiques ou universitaires ?

• De quelle façon les auteurs s’accommodent et se nourrissent-ils de ces formes prégnantes, sans les subir ? Comment les exploitent-ils tout en les tenant à distance ? Comment les partagent-ils sans s’y neutraliser ? Par quelle combinatoire inédite l’écrivain parvient-il à nous parler tout en se parlant ? Quel « sens plus pur », pour reprendre Mallarmé, donnera-t-il aux « mots de la tribu » ?

La prise en compte de toutes ces interrogations nous aidera à mieux cerner la nature sémantique des combinaisons de mots privilégiées, qu’il s’agisse de la langue générale, de de la langue de spécialité ou de la langue littéraire. Cinq approches complémentaires retiendront notre attention :

- une approche théorique abordant les aspects sémantiques ;

 une approche descriptive focalisant sur les traitements lexicographiques et sur la linguistique du corpus ;

 une approche applicative exploitant les différents acquis théoriques et descriptifs dans des domaines tels que la didactique (FLE/FOS/FOU), la lexicographie, la traduction et le traitement automatique ;

 une approche littéraire, où on analysera la place que la combinatoire lexicale occupe dans la production des genres littéraires tels que la poésie et les romans ;

 une approche contrastive présentant des analyses sur des langues parlées dans le monde telles que l’espagnol, le chinois, l’arabe et, en particulier, des langues appartenant à l’Europe centrale et orientale.

Bibliographie :

BEN AMOR BEN HAMIDA Thouraya : « La non-congruence phraséologique : le cas des ruptures collocationnelles », in Francis Grossmann, Salah Mejri, Inès Sfar (dir.) Phraséologie : sémantique, syntaxe, discours, Paris, Editions Champion 2017, 203-215.

BUVET Pierre-André : « Collocation et modalisation : l’exemple des prédicats d’affect », in La phraséologie française, Le français moderne, No1, 2018, p. 55-68.

GROSSMANN Francis, MEJRI Salah & SFAR Inès (dir.) : Phraséologie : sémantique, syntaxe, discours, Paris, Éditions Champion 2017, 203-215.

GOES Jan : « Les adjectifs primaires et la collocation », in Cahiers de Lexicologie, n° 102, 2013, Unité en sciences du langage et collocations, p. 185-206.

HAUSMANN Franz Josef & BLUMENTHAL Peter : « Présentation : collocations, corpus, dictionnaires », Langue française 2006/2 (n° 150), p. 3-13.

MANGIANTE Jean-Marc & MENESES-LERÍN Luis : « L’Analyse de données en FOS : caractéristiques méthodologiques et outils numériques », in Points Communs 3, Recherche en didactique des langues sur objectif(s) spécifique(s), 11-2016, p. 25-43.

MEJRI Salah : « Collocations et emplois appropriés : des unités lexicales hybrides ? », Cahiers de lexicologie, No. 98, 2011-1, p. 83-94.

MEJRI Salah : « Les trois fonctions primaires. Une approche systématique. De la congruence et de la fixité́ dans le langage », De la langue à l’expression : le parcours de l’expérience discursive : hommage à Marina Aragón Cobo / coord. por Cristina Carvalho, Montserrat Planelles Iváñez, Elena Sandakova ; Marina Aragón Cobo (hom.), 2017, ISBN 978-84- 16724-43-7, págs. 123-144.

MEJRI Salah : « Les pragmatèmes et la troisième articulation du langage », Verbum XL, 2018, No 1, 7-19.

MENESES-LERÍN Luis : « Les “mots construits” d’origine arabe et les “mots autochtones construits”. Le cas de l’espagnol du Mexique », Les Cahiers du dictionnaire, n° 8, 2016, Les mots de la Méditerranée dans le dictionnaire, p. 157-173.

TUTIN Agnès : « Les collocations lexicales : une relation essentiellement binaire définie par la relation prédicat-argument », Langages 2013/1 (n° 189), p. 47-63.

ZHU Lichao : « Pour une notion de moule dans le figement », Édité par Giovanni Dotoli. Les Cahiers du dictionnaire, Classiques Garnier, n°8, 2016, p. 97-109.

II. Modalités pratiques

· Langues du colloque : les communications se feront en français.

· Echéancier : envoi des propositions au format word (une page maximum) avant le 1er janvier 2018 à cette adresse combinatoirelexicalecd@gmail.com et selon le modèle suivant :

NOM Prénom (police Arial 14)

Université (police Arial 14)

Laboratoire (police Arial 14)

Courriel (police Arial 14)

Titre (police Arial 12)

Résumé (police Arial 12)

Bibliographie (police Arial 11)

 NOM, prénom, université et laboratoire de rattachement, adresse mél, en caractères gras (police Times New Roman 14) en haut à gauche.

 Résumé entre 400 mots (espaces non compris), en Arial 12, interligne 1,5, sans caractère gras, texte justifié avec un titre en caractère gras, centré. Le résumé comportera la problématique, les objectifs, la méthodologie et une courte bibliographie.

· Réponse du comité scientifique : 15 janvier 2019.

· Site du colloque : Site Colloque Combinatoire Lexicale 2019

· Présidents :

Jan Goes (U. d’Artois, France)

Luis Meneses-Lerín (U. d’Artois, France)

Jean-Marc Mangiante (U. d’Artois, France)

· Comité d’organisation :

Président : Luis Meneses-Lerín (U. d’Artois, France)

Lichao Zhu (U. Paris 13, France)

Angélique Masset (U. d’Artois, France)

Luis Villaseñor-Pineda (INAOE/LABTL, Mexique)

· Comité scientifique :

Brigitte Buffard-Moret (U. d’Artois, France)

Jan Goes (U. d’Artois, France)

Jean-Marc Mangiante (U. d’Artois, France)

Salah Mejri (U. Paris 13, France)

Francis Grossmann (U. de Grenoble, France)

Jean-Pierre Colson (U. Catholique de Louvain-la-Neuve, Belgique)

Antonio Pamies (U. de Grenade, Espagne)

François Raviez (U. d’Artois, France)

Mariana Pitar (U. de Timisoara, Roumanie)

Selena Stanković (U. de Université de Niš, Serbie)

Inès Sfar (U. Paris Sorbonne, France)

Luis Meneses-Lerín (U. d’Artois, France)

Xavier Blanco (U. Autonome de Barcelone, Espagne)

Carmen Pineira Tresmontant (U. d’Artois, France)

Luis Villaseñor-Pineda (INAOE/LABTL, Mexique)

Céline Corteel, (U. d’Artois, France)

Anda Radulescu (U. de Craiova, Roumanie)

Ivan Jovanović (U. de Université de Niš, Serbie)

Anna Krzyzanowska (U. Marie Curie-Sklodowska, Pologne)

Cécile Avezard-Roger (U. d’Artois, France)

Álvaro Arroyo-Ortega (U. Complutense de Madrid, Espagne)

Thi Thu Hoai Tran (U. d’Artois, France)

Ewa Pilecka (U. de Varsovie, Pologne)

Giovanni Dotoli (U. de Bari Aldo Moro, Italie)

René Venegas Velasquez (U. Catholique de Valparaiso, Chili)


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