Paris, le 6 décembre 2018
L’Institut de Linguistique française (CNRS, FR 2393) est une fédération de recherche du CNRS créée en 2001 sous l’impulsion de Bernard Cerquiglini, à partir des équipes de l’Institut National de la Langue française (InaLF), pour mettre en réseau des unités de recherche travaillant sur la langue française, afin de valoriser leurs réalisations. Elle a été successivement dirigée par Christiane Marchello-Nizia, Benoît Habert, et, depuis 2009, Franck Neveu assure son pilotage. [http://www.ilf.cnrs.fr/]
Cet institut de recherche (composé de 20 laboratoires : 13 Unités Mixtes de Recherche du CNRS, 6 équipes universitaires, 1 équipe de l’INRIA) ne sera pas renouvelé en 2019, ni remplacé, sur décision de l’Institut des Sciences humaines et sociales du CNRS. Le Haut Conseil de l’Évaluation de la Recherche et de l’Enseignement supérieur (HCERES) a fait savoir à la Vice-Présidence à la Recherche de l’Université Paris Nanterre (à laquelle est rattaché l’ILF), que la fédération ne serait pas évaluée en raison de sa fermeture à la fin de l’année 2018. Aucune information officielle émanant du CNRS n’a jusqu’à présent été transmise à Franck Neveu, directeur de l’ILF.
L’ILF, seule institution de son genre en France, constitue un lieu de coopération irremplaçable pour l’avancement et le déploiement des activités de recherche sur la langue française. Son périmètre s’étend aujourd’hui sur plus de la moitié des régions métropolitaines, impliquant une vingtaine d’universités et de grands établissements.
L’ILF a développé considérablement, depuis une dizaine d’années, ses partenariats internationaux, notamment grâce à l’organisation du Congrès Mondial de Linguistique Française (2008 à Paris, 2010 à La Nouvelle-Orléans, 2012 à Lyon, 2014 à Berlin, 2016 à Tours, 2018 à Mons). Chaque édition du CMLF enregistre environ 350 participants, autour de 200 communications et conférences, et environ 100 000 téléchargements d’articles. Depuis 2008, cette grande manifestation a produit plus de 1 000 articles, soit environ 18 000 pages de production scientifique de niveau international accessibles librement en ligne sur le site http://www.linguistiquefrancaise.org/. Le CMLF joue un rôle déterminant également pour le rayonnement de la francophonie, et permet de valoriser des travaux scientifiques de jeunes chercheurs comme de chercheurs confirmés issus de l’ensemble des pays de la francophonie.
L’ILF c’est aussi un partenariat avec les éditions De Gruyter de Berlin (dont le rayonnement scientifique et l’aptitude à la diffusion internationale des ouvrages de recherche ne sont plus à démontrer). Ce grand éditeur scientifique européen a sollicité la fédération afin de développer le domaine de l’étude linguistique du français dans ses collections. Une collection intitulée Études de linguistique française a ainsi été créée. Elle est aujourd’hui riche de 6 monographies. Paraîtra en 2019 la Grande Grammaire Historique du Français (deux volumes de 1 000 pages chacun), qui rassemble les meilleurs spécialistes internationaux du domaine.
L’entreprise de la Grande Grammaire Historique du Français ne pouvait être envisagée qu’à un niveau fédératif. C’est pourquoi l’ILF a défendu ce projet, crucial pour la connaissance scientifique du français. Que la Délégation Générale à la Langue Française et aux Langues de France ait soutenu activement le projet pendant plusieurs années signale aussi la crédibilité scientifique de notre fédération.
L’ILF c’est aussi l’Initiative Corpus de Référence du français, qui devait trouver courant 2019 sa structure support, et construire sa version pilote destinée à établir les fondements technologiques et scientifiques du projet, et à trouver les partenariats nécessaires à sa réalisation. L’Initiative Corpus de Référence du Français, qu’est-ce c’est ? Rien moins qu’un engagement de la communauté scientifique à construire ce grand corpus numérique de la langue française et des langues de France (corpus écrit, oral, vidéo, à diachronie longue), dont notre pays a tellement besoin pour la visibilité de sa langue, et celle de sa recherche. De nombreux pays européens disposent d’un corpus « national », mais la France n’a pris conscience que tardivement de la nécessité de disposer du sien.
L’ILF c’est aussi des programmes en cours de développement comme le projet portant sur l’étude du français vernaculaire, et le projet de plateforme pour un réseau international de linguistique française qui a pour vocation d’établir une cartographie nationale et internationale des activités de recherche et de formation dans ce domaine.
L’ILF c’est enfin la structure qui porte le consortium « CORLI, Corpus, Langues Interactions » de la Très Grande Infrastructure de Recherche du CNRS Huma-Num (une vingtaine de membres du comité de pilotage, de nombreux groupes de travail, environ 180 chercheurs impliqués). L’ILF est devenu un partenaire incontournable en linguistique de corpus écrits et oraux (dont le français n’est qu’une des langues étudiées).
La fédération ILF s’est toujours battue pour trouver des financements en ressources propres, conformément à ce que les tutelles attendent de leurs entités de recherche. Les subventions que nous avons pu obtenir depuis plusieurs années sont la marque de la reconnaissance scientifique des partenaires de la FR 2393. Mais la dotation du CNRS (tombée à 25 000 € en 2018), et le soutien en ressources humaines et en locaux sont indispensables.
Nous ne voyons pas l’avantage pour le CNRS de faire disparaître l’ILF, alors que la fédération a atteint un haut niveau de reconnaissance scientifique en France comme à l’étranger, ni la pertinence d’une telle mesure dans un contexte de revalorisation de la francophonie.
Le dossier complet des activités de l’ILF, constitué en vue de son évaluation par le HCERES, est téléchargeable à l’adresse suivante :
http://www.franck-neveu.fr/mediapool/76/768102/data/ILF_2018VagueE_Dossier_autoevaluation_SF.pdf
Franck NEVEU
Directeur de l’Institut de Linguistique française (CNRS, FR 2393)
Professeur à Sorbonne Université, Faculté des Lettres