Bibliographie
Le factitif : perspectives croisées
Université Paris-Sorbonne
Université Paris-Diderot
17-18-19 novembre 2016
Organisateurs : André THIBAULT (professeur, UFr de Langue française) et Jean-Paul
BRACHET (MCF habilité, UFr de Latin), avec l’aimable collaboration de
Guillaume FON SING (MCF, Laboratoire de Linguistique Formelle,
Université de Paris-Diderot)
Thématique générale
Le colloque a pour but de réunir un groupe de spécialistes (latinistes, romanistes, fran-
cisants, créolistes et typologistes) autour d’une réflexion sur le fonctionnement des construc-
tions factitives dans différentes langues et à différentes époques, en s’interrogeant sur les
universaux cognitifs, les facteurs internes (systémiques) et les facteurs externes (contacts de
langue) qui président à leur évolution.
Les constructions factitives dans l’histoire du français se présentent globalement sous
deux formes : typiquement, je fais manger l’enfant et je fais l’enfant manger. Cette dernière,
bien représentée dans l’ancienne langue, s’est raréfiée par la suite (éclipse de trois siècles
dans la documentation) pour refaire son apparition comme artifice stylistique dans la
littérature contemporaine (2e m. XIXe s.–1re m. XXe s.). Or, dans certaines variétés de français
en contact (avec l’anglais, avec le créole, ou les deux), ainsi que dans les créoles atlantiques et
mauricien, cette structure est très fréquente, voire grammaticalisée (dans les créoles). La
question de l’origine de cette structure en créole est complexe : survivance (plutôt impro-
bable) de l’ancien français, héritage de certains parlers régionaux de France à l’époque
coloniale, influence de langues d’adstrat (anglais) ou de substrat (langues africaines), effets
innovateurs d’auto-régulation propres à la genèse des langues créoles.
Il importait donc de réunir une brochette de spécialistes de plusieurs langues pour
éclairer la question du factitif dans une optique de typologie linguistique, ce qui permettra de
dresser le portrait le plus précis et le plus à jour possible du fonctionnement de cette variable
dans un ensemble de langues dont plusieurs sont apparentées ou ont été en contact.
Les Actes seront publiés dans la collection Linguistique variationnelle des éditions
Classiques Garnier (coll. dirigée par A. Thibault et Fr. Gadet).
Programme prévisionnel
Le colloque se déclinera en trois grandes articulations, du latin et des langues romanes
jusqu’aux langues non-indoeuropéennes, en passant par la famille des langues créoles.
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Jeudi, 17 novembre 2016
Salle Jean Laplanche, salle 576, BÂtiment Olympe de Gouges, 5e étage
8 Place Paul Ricœur, 75013 Paris
14h00 – 14h10 : Mot de bienvenue
A. Le factitif du latin au français
14h10 – 15h00 : BRACHET, Jean-Paul (Paris-Sorbonne) : Les constructions factitives en latin
tardif.
15h00 – 15h50 : BURIDANT, Claude (Strasbourg) : Le factitif en ancien français.
15h50 – 16h10 : Pause-café
16h10 – 17h00 : BADIOU-MONFERRAN, Claire (Université de Lorraine) : Le factitif en moyen
français et en français moderne, formes résiduelles et émergentes.
17h00 – 17h50 : BAJRIĆ, Samir (Université de Bourgogne : Le verbe faire en français
moderne, entre factitif et suppléant.
Vendredi, 18 novembre 2016
Salle D-040, Maison de la Recherche, 28 rue Serpente, 75006 Paris
B. Le factitif et les créoles français
09h00 – 10h00 : HAZAëL-MASSIEUX, Marie-Christine (Université d’Aix-en-Provence) : Du
factitif et de quelques autres structures similaires dans les créoles français de la Caraïbe.
Approche synchronique et diachronique.
10h00 – 11h00 : GADELII, Karl (Université de Paris-Sorbonne) : Le factitif en créole
guadeloupéen dans la perspective de la Grammaire universelle.
11h00 – 11h15 : Pause-café
11h15 – 12h15 : GOVAIN, Renauld (Université d’état d’Haïti) : Le factitif en créole haïtien
comparé au français : aspects syntaxiques et sémantiques.
12h15 – 14h00 : déjeuner
14h00 – 15h00 : KLINGLER, Tom (Université de Tulane, USA) et NEUMANN-HOLZSCHUH,
Ingrid (Université de Ratisbonne, Allemagne) : Le factitif en créole louisianais, en acadien
et en cadjin.
15h00 – 17h00 : FON SING, Guillaume (Paris 7) et KRIEGEL Sibylle (Université d’Aix-en-
Provence) : Le factitif dans les créoles de l’Océan Indien.
17h00 – 17h15 : Pause-café
17h15 – 18h00 : PAULEAU, Christine (Université de Nanterre) : Le factitif en créole tayo de
Nouvelle-Calédonie.
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Samedi, 19 novembre 2016
Amphi D-035, Maison de la Recherche, 28 rue Serpente, 75006 Paris
C. Le factitif dans d’autres langues / créoles néo-latins
09h00 – 10h00 : COUFFIGNAL, Gilles (Paris-Sorbonne) : Le factitif en occitan du 16e siècle.
10h00 – 11h00 : QUINT, Nicolas / BIAGUI, Noël Bernard (CNRS) : Un aperçu des structures
factitives en portugais dans les créoles à base portugaise de l’Afrique de l’Ouest (Upper
Guinea Creoles).
11h00 – 11h15 : Pause-café
D. Le factitif dans les langues non indo-européennes
11h15 – 12h15 : VOISIN, Sylvie (Université d’Aix-en-Provence) : Le factitif dans les langues
africaines (atlantiques et bantoues).
12h15 – 14h00 : déjeuner
14h00 – 15h00 : DUVAL, Marc (Paris-Sorbonne) : Le factitif en coréen.
15h00 – 16h00 : LEMARéCHAL, Alain (Paris-Sorbonne) : Le causatif-factitif dans les langues
austronésiennes, bantoues, en chinois et du point de vue général et typologique.
16h00 – 16h15 : conclusion et mot de la fin
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Résumés reçus (par ordre alphabétique d’auteurs)
Le verbe faire en français moderne, entre factitif et suppléant
Samir Bajrić (Université de Bourgogne)
L’omniprésence du verbe faire dans la communication n’est ni une réalité récente, comme en
témoigne, entre autres, l’excellent ouvrage de T. Ponchon pour le français médiéval (1994), ni
la propriété privée de la langue française, comme l’attestent les analyses ressortissant à la
linguistique comparée. Pour les besoins de cette communication, il conviendra d’examiner les
propriétés dudit mot dès lors qu’il oscille entre ses velléités de factitif et celles de suppléant.
Les exemples suivants représentent assez fidèlement cette dualité :
– Elle s’est fait faire les seins.
– Ah, bon ? Pourtant, ils font vrais.
– Non, non. Je te laisse regarder. Tu verras qu’ils font faux. (répliques d’une émission de télé-réalité)
En 1962, G. Gougenheim publie un ouvrage intitulé Les mots français dans l’histoire et dans
la vie, où il établit une liste non limitative et par ordre de fréquence décroissante, des verbes
les plus fréquents. Ils sont au nombre de vingt et faire y occupe... la troisième place, après les
verbes être et avoir. Ces faits de langue renforcent le dessein de repenser l’impact qu’un
(seul) verbe exerce au sein d’une langue (comme le français) et, bien au-delà, à l’intérieur du
phénomène langagier tout entier, notamment à travers la comparaison des langues, typo-
logiquement apparentées ou non. Cette étude prendra place dans le cadre de la psycho-
mécanique du langage de Gustave Guillaume, car cette dernière offre de solides théorèmes
permettant de circonscrire ledit phénomène (subduction, prédicativité, régime d’incidence,
etc.) et de comparer ces données à une langue / des langues (slaves et / ou autres) où le
système grammatical ignore totalement ce type de réalités discursives.
Repères bibliographiques
BAJRIĆ, S. (2005), « Questions d’intuition », Langue Française, n° 147, 7-18.
BAJRIĆ, S. (2008), « Le verbe faire en français contemporain : syntaxe et sémantique »,
Suvremena lingvistika (« Linguistique contemporaine ») numéro 66, décembre 2008, Zagreb,
Croatie, 143-197.
BLANCHE-BENVENISTE, C. (2000), Approches de la langue parlée en français, Paris, Ophrys.
BOONE, A. et JOLY, A. (1996), Dictionnaire terminologique de la systématique du langage,
Paris, L’Harmattan.
DAMOURETTE J. et E. PICHON (1968-1971), Des mots à la pensée, Essai de grammaire de la
langue française, Volume 8, Paris, D’Artrey.
FREY, Cl. 1993, « L’extension polysémique du verbe « faire » en français du Burundi », revue
BOFCAN, n° 9, 225-249.
GIRY-SCHNEIDER, J. (1971), « Remarques sur un emploi du verbe ‘faire’ comme opérateur »,
Langue Française, n° 11, 78-84.
GIRY-SCHNEIDER, J. (1978), Les nominalisations en français : l’opérateur « faire » dans le
lexique, Genève, Droz.
GIRY-SCHNEIDER, J. (1984), « Jean fait le (généreux + diable). Constructions productives et
expressions figées », Revue québécoise de linguistique, Grammaire et lexique, XIII, 2, 12-34.
GIRY-SCHNEIDER, J. (1986), « Les noms construits avec ‘faire’ : compléments ou prédicats ? »,
5
Langue Française, n° 69, pp. 49-63.
GOUGENHEIM, G. (1962), Les mots français dans l’histoire et dans la vie, Paris, A. & J. Picard
& Cie.
GROSS, G. (1996), Les expressions figées en français : noms composés et autres locutions,
Paris, Ophrys.
GROSS, M. (1975), Méthodes en syntaxe : régime des constructions complétives, Paris,
Hermann
GROSS, M. (1986), « Les nominalisations d’expressions figées », Langue Française, n° 69,
64-84.
GUILLAUME, G. (1973), Principes de linguistique théorique, PUL, Québec/Paris.
GUILLAUME, G. (1989), Leçons de linguistique, série C, volume 9, Grammaire particulière du
français et grammaire générale, PUL, Lille, PUL, Québec.
KRIEG, A. (1995), compte rendu de Leeman-Bouix D., 1994, Les fautes de français existent-
elles ?, Seuil, Paris, dans Sciences Humaines, n° 48, mars 1995, 48.
LANGACKER, R. W. (1966), « Les verbes ‘faire’, ‘laisser’, ‘voir’, etc. », Langages, n° 3, 72-89.
LEEMAN-BOUIX, D. (1994), Les fautes de français existent-elles ?, Paris, Seuil.
MOIGNET, G. (1981), Systématique de la langue française, Paris, Klincksieck.
PICOCHE, J. (2001), « Mouvements de subduction et de transduction dans le vocabulaire
français », dans P. de Carvalho, N. Quayle et O. Soutet (dir.), La psychomécanique
aujourd’hui, Actes du 8e colloque international de psychomécaanique du langage, Seyssel,
1997, Paris, Champion, 249-263.
PONCHON, T. (1994), Sémantique lexicale et sémantique grammaticale : le verbe Faire en
français médiéval, Genève, Droz.
QUAYLE, N. (2001), « La vocation à l’auxiliarité : le cas de ‘get’ en anglais », dans P. de
Carvalho, N. Quayle et O. Soutet (dir.), La psychomécanique aujourd’hui, Actes du 8e
colloque international de psychomécaanique du langage, Seyssel, 1997, Paris, Champion,
2001, 129-140.
TESNIèRE, L. (1982 ; 1re éd. 1959), Eléments de syntaxe structurale, Paris, Klincksieck.
WEINRICH, H. (1989), « Les langues, les différences », Le français dans le monde, octobre
1989, n° 228, 49-56.
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Le factitif en ancien français
Claude Buridant (Université de Strasbourg)
Après une mise au point théorique rappelant les paramètres entrant en jeu dans la construction
factitive, s’appuyant sur des études fondamentales succédant à celle de Georges Gougenheim
et replaçant cette construction dans un ensemble Nom/pronom – verbe auxilaire – verbe
infinitif – nom patient/agent, on traitera de ses spécificités pendant la période large de
l’ancien français. La possibilité de disjonction du nom patient/agent, du type Deus fist
l’imagene por sue amur parler (AlexisS2), s’inscrit dans ce qu’on peut appeler la construction
matricielle à ordre déterminant + verbe, largement répandue en ancien français, appelée aussi
« antéposition stylistique » par calque de « stylistic fronting » (Mathieu 2006), qu’il vaudrait
mieux appeler « antéposition V2 » (Labelle & Hirschbühler 2014). Dans ce type de
construction, un élément X complétant le verbe au sens large lui est antéposé, le verbe
pouvant alors être placé en dernière position dans la phrase + compléments annexes éventuels,
avec disjonction de son sujet, qu’il s’agisse d’un temps composé ou d’un infinitif dépendant
<
r />d’un verbe recteur dans une périphrase verbale non entièrement figée. Elle est largement
répandue en ancien français dans toutes sortes de combinaisons, l’élément antéposé pouvant
être de différente nature. Avec l’évolution typologique du français, elle est devenue
impossible ou marquée en français contemporain courant pour faire causatif, formant une
périphrase verbale cohérente, alors qu’elle est toujours possible avec le verbe permissif,
rejoignant la catégorie des immixtifs, ce qui peut être le signe d’une autonomie plus grande de
l’actant. L’exemple de laisser tomber est instructif à cet égard.
éléments de bibliographie
GOUGENHEIM, Georges (1929), étude sur les périphrases verbales de l’ancien français, Paris,
Nizet.
LABELLE, Marie et HIRSHBüHLER, Paul (2014), « Y avait-il antéposition stylistique en ancien
français ? » 4e Congrès Mondial de Linguistique Française, Volume 8 (2014), 277-296 [en
ligne sur la Toile, DOI 10.15/shs conf./2014081129].
MATHIEU, éric (2006), « Stylistic fronting in Old French », Probus, 18, 219-266.
PONCHON, Thierry (1994), Sémantique lexicale et sémantique grammaticale : le verbe Faire
en français médiéval, Genève, Droz.
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Le factitif dans l’occitan littéraire du XVIe siècle
Gilles Guilhem Couffignal (Université Paris-Sorbonne)
Les études philologiques et linguistiques occitanes s’intéressent le plus souvent soit à la
langue médiévale soit aux variétés observables à l’époque contemporaine. La conséquence de
cette habitude solidement ancrée dans la discipline depuis le XIXe siècle (Couffignal s.d.) est
de placer l’occitan prémoderne dans un angle mort de la recherche.
L’état de l’art sur la question du factitif ne fait pas exception. Si deux articles viennent
éclairer les pratiques médiévales (Klingebiel 2011) et contemporaines (Molinier et Bras
2005), rien ne nous permet d’évaluer l’emploi de ce tour au XVIe siècle. à partir d’un corpus
d’œuvres publiées entre 1550 et 1610, nous tÂcherons de donner une première description des
formes du factitif en occitan littéraire, dans ses variétés gasconne, languedocienne et
provençale. Nous nous intéresserons notamment au degré de coalescence de la périphrase
verbale et à la « souplesse syntaxique » (Klingebiel 2011) de ses emplois et aux phénomènes
éventuels de variation. Enfin, la comparaison avec les données disponibles pour les états de
langue ancien et contemporain nous permettra de revenir sur un a priori longtemps répété
sans plus ample examen, selon lequel « à partir du XVIe siècle, [...] les textes littéraires,
désormais dialectalement localisés, témoignent d’une langue à peu près semblable, à quelques
archaïsmes près, à la langue d’aujourd’hui. [...] » (Bec 1963, 91).
Références bibliographiques
BEC, Pierre (1963), La langue occitane, Paris, PUF.
COUFFIGNAL, Gilles (à paraître), « De la “langue des troubadours” aux “patois du midi” : les
conditions de la description linguistique de l’occitan prémoderne au XIXe siècle », dans
Histoire des langues et histoire des représentations linguistiques, Paris, Champion.
KLINGEBIEL, Kathrin (2011), « Syntaxe de far causatif dans la COM : “als fols fai cujar lo
folatje” (Judici d’Amor 860) », dans A. Riegel, D. Sumien (éd.), AIEO 9, 1, 191-206.
MOLINIER, Christian et BRAS, Myriam (2005), « Sur les constructions causatives figées de
l’occitan », dans F. Lambert et H. Nolke (éds), La syntaxe au cœur de la grammaire, Rennes,
PUR, 99-215.
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Le causatif en coréen
Marc Duval (Université Paris-Sorbonne)
On peut distinguer trois manières de former le causatif d’un verbe V1 en coréen :
(i) la substitution par un autre verbe n’entretenant aucune relation formelle avec V1,
mais une relation sémantique paraphrasable en faire/causer + V1 (causatif lexical) ;
(ii) l’ajout d’un suffixe spécifique au radical de V1 (causatif morphologique) ;
(iii) l’ajout à V1 d’un suffixe adverbialisant de sens final (-key, -tolok) et l’emploi d’un
verbe de sens générique « faire » (hata « faire, dire », mantulta « fabriquer ») (causatif
syntaxique ou périphrastique) ;
De (i) à (iii) existe une hiérarchie dans la productivité, à savoir que, des trois procédés, le
causatif lexical est le moins productif, ne concernant a priori qu’un petit nombre d’unités,
tandis que le causatif syntaxique est le plus productif, quoiqu’il connaisse toutefois des
restrictions.
Nous décrirons surtout les principales caractéristiques des deux derniers procédés, en nous
concentrant sur les trois points suivants :
• le problème du marquage de l’agent « causé », qui peut, entre autres possibilités,
« rester » marqué au nominatif, comme s’il n’était pas démis de ses fonctions /
destitué ;
• les différences d’emploi entre causatif syntaxique et causatif morphologique. Ce
problème peut rappeler en français la différence entre purifier et rendre pur ou
réaliser et rendre réel ;
• la place des procédés du causatif coréen dans les typologies du causatif.
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Le factitif en créole guadeloupéen
dans la perspective de la Grammaire universelle
Karl Gadelii (Université Paris-Sorbonne)
La phrase suivante illustre le factitif en créole guadeloupéen :
An té fè se timoun-là ekri devwa-la.
je PASSé faire les-enfants écrire le-devoir
‘J’ai fait écrire le devoir aux enfants.’ (adapté d’après Iskrova 2010 : 1331)
En simplifiant, nous pouvons représenter la structure guadeloupéenne comme [NP1 V1 NP2
V2 NP3], tandis que son équivalent français assume la forme [NP1 V1 V2 NP3 NP2OBLIQUE].
Plusieurs hypothèses ont été avancées concernant l’origine de la structure guadeloupéenne,
mais ici nous défendrons l’idée présentée dans Gadelii (1997), à savoir que le factitif ainsi
qu’un grand nombre d’autres structures en guadeloupéen est le résultat de la manifestation des
valeurs non marquées de la Grammaire universelle. Dans la théorie de la syntaxe X-barre
(Jackendoff 1977), la configuration de base comporte des XP et X° en alternance. Le factitif
en guadeloupéen incarne cette configuration, car ses arguments et verbes alternent entre eux,
comme la schématisation ci-dessus l’indique. La structure française doit par contre être
dérivée par mouvement de têtes, où le verbe « écrire » s’adjoint à « fait ». Le guadeloupéen et
le français représentent donc deux types de grammaires : une grammaire montrant les têtes
lexicales in situ (le guadeloupéen) vs. une grammaire où les têtes lexicales se déplacent,
laissant une trace dans leur position de départ (le français). Nous considérons que le premier
choix est non marqué, car la structure X-barre est directement réalisée, sans déplacement des
éléments linguistiques. Dans cet exposé, nous développerons davantage cette idée, et nous
essayerons également de la lier aux différentes assignations de cas dans les deux langues
impliquées.
Références bibliographiques
GADELII, Karl (1997), Lesser Antillean French Creole and Universal Grammar, Göteborg,
Göteborg University / Department of Linguistics.
ISKROVA, Iskra (2010), « Français et créole : contact de langues aux Antilles », actes du
Congrès Mondial de Linguistique Française (CMLF 2010), 1329-1339.
JACKENDOFF, Ray (1977), X-bar Syntax. Elements of Phrase Structure, Cambridge (MA), The
MIT Press.
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Le factitif en créole haïtien comparé au français : aspects syntaxique et sémantique
Renauld Govain (LangSé / FLA, Université d’état d’Haïti)
Le factitif existe tant en français (FR) qu’en créole haïtien (CH), comme en témoigne
Pompilus (1976). Il est, en effet, l’expression d’un procès formé au moyen du verbe faire (fè
en CH) suivi d’un autre verbe d’action. Ainsi, le verbe factitif est « un verbe dont le sujet fait
faire l’action exprimée par le verbe » (Grevisse, 1986 : 1168).
(1) Van an fè mi an tonbe.
Vent def faire mur det tomber
‘Le vent a fait tomber le mur.’
Les Anglo-Saxons utilisent causatif parce que le sujet n’accomplit pas véritablement l’action
qu’indique le procès verbal mais en est la cause. Le ‘vent’ est la cause du fait que le mur est
tombé, mais le sujet du verbe ‘tomber’ qui est le procès de la prédication est bien le ‘mur’ lui-
même. Toutefois, des auteurs tels Lazard (1994) considèrent comme causatifs les tours
dérivés de verbes intransitifs (tel « faire courir qqn ») et factitifs ceux dérivés de verbes
transitifs (tel « faire prendre qqch chose à qqn »).
Il n’y a pas que fè (« faire ») en CH qui participe à la construction d’une structure factitive.
Les verbes voye (envoyer), kite (laisser), fòse (forcer), bay (donner, confier), etc., associés à
un infinitif, peuvent jouer ce rôle aussi. Les exemples pour chacun de ces verbes viendront au
fil du développement de l’exposé. Pompilus (1976) et Béchade (1986) considèrent ces verbes
comme des verbes régents par rapport à l’infinitif.
Mais aussi, il est des verbes qui ont un sémantisme factitif et ne recourent pas forcément à
fè/faire. C’est le cas d’énoncés où le sujet fait l’action sans être véritablement l’actant du
procès qu’exprime le verbe. L’action est réalisée par un autre actant au profit du sujet lui-
même ou d’un tiers exprimé dans l’énoncé. C’est un factitif sémantique qui ne porte pas la
marque lexico-syntaxique du factitif canonique :
(2) Nèg san ponyèt la sot kale tèt li.
Nègre sans bras def sortir raser tête 3s
‘L’homme sans bras vient de se raser le crÂne’.
Dans cette contribution, nous analyserons la structure factitive en CH, que nous comparerons
à son fonctionnement en FR du point de vue tant syntaxique que sémantique. Nous
montrerons que la syntaxe canonique de l’expression du factitif est différente dans les deux
langues. Cette différence syntaxique tient à ce qu’on appelle le « principe d’adjacence
stricte » (Dejean 2006) caractérisant la syntaxe du CH (respectant strictement le canon
syntaxique S-V-O). Cela influence la structure syntaxique du factitif en français caribéen
(FC) :
(3) a. Fais l’enfant rentrer. (Guadeloupe)
b. Faites l’eau bouillir. (Haïti)
c. Fais rentrer l’enfant. / Faites bouillir l’eau. (FR)
La syntaxe, dans certains cas, peut être pareille en CH et en FR mais il sera montré au fil de la
présentation que cela induit une différence sémantique. Le verbe principal de la structure
factitive (en CH ou en FR) peut être transitif, intransitif, pronominal.
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Références citées
BéCHADE, Hervé-D. (1986), Syntaxe du français moderne et contemporain, Paris, PUF.
DEJEAN, Yves (2006), Yon lekòl tèt anba nan yon peyi tèt anba, Port-au-Prince, éditions
Deschamps.
GREVISSE, Maurice, 1986 (12e édition), Le bon usage, Bruxelles, Duculot.
LAZARD, Gilbert (1994), L’actance, Paris, PUF.
POMPILUS, Pradel (1976), Contribution à l’étude comparée du créole et du français à partir
du créole haïtien / morphologie et syntaxe, Port-au-Prince, éditions Caraïbes.