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Le problème de l’adverbe

Bibliographie

Le problème de l’adverbe
Paris (Sorbonne-Université)
26 et 27 mars 2020
https://adverb.sciencesconf.org/

Organisation : Olivier Duplâtre (Sorbonne université), Pierre-Yves Modicom (Université Bordeaux Montaigne)
Contact : adverb@sciencesconf.org
Disposer de définitions solides des différentes parties du discours dans la description d’une langue donnée est, de l’avis général, une nécessité (voir Haspelmath 2001 : 16538). Toutefois, les variations observées dans une perspective typologique ainsi que le rôle respectif des critères fonctionnels et formels font toujours débat, débat d’autant plus vif dès lors qu’il s’agit de l’adverbe.
La notion d ’« adverbe » semble avoir été créée pour regrouper tous les éléments ne répondant pas aux définitions des autres parties du discours (Quirk et al. 1972 : 267). Elle apparaît même comme un moyen fort commode pour maintenir un nombre relativement stable de parties du discours face à la multiplicité des classes de morphèmes et de lexèmes non flectionnels dans les langues indo-européennes parlées en Europe (Rauh 2015 : 38).
La définition de cette partie du discours a considérablement évolué depuis Denys le Thrace pour qui l’adverbe était ce qui s’applique à un verbe : l’adverbe des grammaires actuelles ne s’applique plus seulement à un verbe, mais à un adjectif, un autre adverbe, voire une phrase (voir notamment Lyons 1968 : 325, Haspelmath 2001 : 16544). L’hétérogénéité formelle et
fonctionnelle de cette classe en fait la moins satisfaisante de toutes les parties du langage
selon Quirk et al. (1972 : 267). Gleason (1965 : 129), quant à lui, affirme qu’elle correspond à
un ensemble d’éléments qui ont très peu, sinon rien, en commun. La comparaison interlangue
suggère que cette classe, toute floue et englobante qu’elle soit, est superflue pour la
description de certains (types de) systèmes linguistiques (voir Hengeveld et Velsta 2010).
Face à ce flou extrême, certains grammairiens ont tenté de redéfinir l’adverbe en se fondant
sur des caractéristiques prototypiques (Ramat/Ricca 1994). Mais quels critères choisir pour
définir l’adverbe prototypiquement ? Les indications de fréquence doivent-elles jouer un rôle
dans cette définition ? Certaines caractéristiques sémantiques sont-elles plus prototypiques que
d’autres ? L’adverbe de manière représente-t-il un prototype ? Faut-il suivre Hengeveld (1992,
2004) en affirmant que seul l’adverbe de manière permet d’obtenir des généralisations
typologiques ?
D’autres chercheurs ont pris le parti de faire abstraction de la catégorie de l’adverbe en la
remplaçant par la catégorie fonctionnelle de l’adverbial (Nølke [1990], Pittner [1999]),
laquelle peut être définie de manière purement syntaxique (Chomsky [1965], Steinitz [1969]).
Dans le même ordre d’idées, certains linguistes sont tentés de déduire la notion d’adverbe de
l’adverbial (Maienborn & Schäfer 2019). Toutefois, la notion d’adverbial est loin d’être claire
(Eisenberg 2013 : 212), car l’adverbial présente, comme son cousin l’adverbe, des contours

mal définis : si l’adverbial est un membre de phrase qui n’est pas défini comme un autre type
de membre (Nølke 1990 : 17), cela entraîne dans le champ de l’adverbial tout type de
circonstant, qu’il s’agisse d’un adverbe, d’un syntagme prépositionnel, d’une subordonnée,
etc. En outre, la place de l’adverbial dans la syntaxe et sa portée sémantique sont tout aussi
difficiles à cerner : faut-il regrouper au sein de la catégorie les adverbiaux de manière, les
adverbiaux orientés vers l’énonciateur, les appréciatifs, les circonstants, voire les marqueurs
discursifs ?
Tout cela nous amène à penser que la définition de l’adverbial représente une mise à l’épreuve
des grammaires de constituants et de dépendance : pouvons-nous tracer une frontière entre les
adverbiaux et les « adjuncts » ? Les adverbiaux et/ou les adverbes sont-ils tous des
constituants à part entière ? Devons-nous admettre l’existence d’adverbes déficients
(Cardinaletti & Starke 1999 : 97-102) devenus des clitiques ou des particules ? Si tel était le
cas, faudrait-il encore les ranger parmi les adverbes ? Pouvons-nous véritablement rassembler
les adverbiaux liés et non liés ? Existe-t-il une opposition équivalente à celle existant entre
subordonnées adverbiales centrales et périphériques pour d’autres classes de constituants
répondant aux fonctions d’adverbiaux (y compris les « adverbes » lexicaux) ?
Comment combiner cette dimension fonctionnelle avec la morphosyntaxe ? En allemand, par
exemple, nombre d’adjectifs peuvent jouer le rôle d’adverbiaux de manière (Schäfer, 2008),
certains d’entre eux peuvent également détenir la fonction de modalisateur épistémique, alors
que les appréciatifs doivent normalement subir un processus de dérivation à l’aide d’un terme
grammaticalisé (-weise) signifiant précisément ‘manière’ ; ce processus donne naissance, sur
le plan morphologique, à une classe d’ « adverbes » dont la plupart ne peuvent d’ailleurs pas
être utilisés comme adverbiaux de manière (voir à ce sujet Elsner [2015]). L’exemple des
formes allemandes en -erweise montre que si les critères formels correspondent partiellement
aux frontières fonctionnelles, il n’est pas certain que la notion d’« adverbe », mais aussi celle
d’« adverbial », soient directement pertinentes pour rendre compte de ces phénomènes,
puisque certaines différences observables entre classes sont orthogonales à ces catégories
classiques. En outre, l’histoire du suffixe allemand –(er)weise, de son pendant en anglais – ly
(un nom devenu suffixe de dérivation pour les adjectifs et les adverbes, cf. Pittner ([2015]), du
suffixe -ment, -mente dans les langues romanes (qui tire également son origine d’un nom, cf.
notamment Lehmann 2015 : 93) suggère que l’histoire du marquage de l’adverbe dans ces
langues pourrait en outre obscurcir les distinctions entre adverbes et adjectifs en tant que
classes lexicales, syntagmes adjectivaux/nominaux en tant que constituants syntaxiques et
adverbiaux en tant que modificateurs sur le plan fonctionnel. Il en va de même pour les
suffixes de dérivation -e, -o en latin, -ôs en grec, qui sont en grande partie similaires à des
marques de flexion, ce qui laisse à penser que la distinction entre dérivation adverbiale et
flexion adjectivale est parfois malaisée (Haspelmath 1995). Il en va de même pour les
gérondifs, et plus particulièrement pour les converbes, dans des langues où l’on relève un
grand nombre de dérivations converbales (Haspelmath & König 1995) : faut-il les considérer
comme des adverbes déverbaux ou comme des formes verbales en fonction adverbiale ?
La question est désormais de savoir si d’autres voies peuvent se dégager : Quel usage peut-on
faire de la notion d’adverbial ? Peut-on aborder l’adverbe, par opposition à l’adverbial, en se
détachant du critère de l’invariabilité ? Peut-on définir l’adverbe en se fondant uniquement sur
la syntaxe ? Les adverbes de la tradition seraient-ils toujours des adverbes dans ce cas-là ? Où
et comment peut-on tracer une frontière entre les adverbes et les catégories voisines si l’on se
place dans une perspective typologique ? L’histoire de la lange peut-elle nous fournir des
critères définitoires ? Peut-on proposer une définition universelle de l’adverbe ? Autant de

questions qui mériteraient un examen attentif, que ce soit dans le cadre de l’étude d’une
langue donnée, ou dans un cadre typologique.

Références bibliographiques

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Praesens.

Intervenants confirmés : Kees Hengeveld, Henning Nølke
Comité scientifique : Jean Albrespit (Bordeaux), Peter Blumenthal (Cologne), Nicolas
Guilliot (Bordeaux), Frédéric Lambert (Bordeaux), Catherine Moreau (Bordeaux), Franck
Neveu (Sorbonne Université), Henning Nølke (Aarhus), Hervé Quintin (Nantes), Olivier
Soutet (Sorbonne Université), Dan van Raemdonk (Brussels), Richard Waltereit (Berlin).
Langue des communications : français et anglais
Calendrier : les propositions de communication seront adressées avant le 6 octobre 2019 aux
organisateurs à l’adresse adverb@sciencesconf.org


Voir en ligne : https://adverb.sciencesconf.org/

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