Bibliographie
MIGRINTER (CNRS- UMR 7301) de l’Université de Poitiers et LARLANCO de l’Université Ibn Zohr
d’Agadir, en partenariat avec la SFSIC, l’Association marocaine des sciences de l’information et
de la communication et l’action intégrée Toubkal de Campus France, organisent du 1ier au 3
avril 2020, la cinquième édition du colloque international pluridisciplinaire d’Agadir :
Métamorphoses de l’action citoyenne
Bilan d’une décennie de recherche sur les réseaux numériques
Les réseaux numériques et les médias de manière générale font-ils les révolutions ? Une
interrogation qui a constamment accompagné le traitement des événements liés aux
soulèvements arabes depuis la fin de l’année 2010. L’usage des réseaux sociaux numériques à
des fins de mobilisation sociale et de contestation des régimes arabes de l’époque, notamment
en Tunisie et en Égypte, avait réactualisé l’intérêt d’observer les rapports entre les dispositifs
de communication et leur capacité à provoquer les changements sociaux et politiques.
10 ans après ces événements, ce colloque se fixe comme objectif de dresser un bilan de la recherche scientifique sur les divers soulèvements et révoltes survenus dans le monde arabo-
musulman, en Afrique, en Amérique du Nord, en Amérique du Sud, en Europe et en Asie : Indignés, Anonymous, « Printemps d’érables », « Printemps sénégalais », Nuits debout, Gilets
jaunes, etc. ; tout comme les mobilisations autour de sujet d’actualité : la solidarité et la
défense des migrants, de l’environnement, des droits fondamentaux, etc. Ce nouvel épisode
dans le processus de changement sociopolitique et culturel a fait l’objet de nombreuses
recherches en Sciences de l’information et de la communication (SIC) et en Sciences humaines
et sociales (SHS) afin d’observer les modalités d’expression, de mobilisation, d’usages en
période de changement. Au vu de l’orientation de ces travaux, il s’avère évident qu’éclairer
des phénomènes complexes nécessite une lecture plurielle et une mobilisation d’approches et
de pistes de réflexion pluridisciplinaires. La difficulté des travaux de recherche en SHS est
d’être pertinent lorsque l’on tente, quasiment in situ, de comprendre ou de fournir des
éléments de réponse aux phénomènes en cours de réalisation. La temporalité scientifique
n’est-elle pas de nature à ne pas se confondre avec la temporalité journalistique ? Est-il
toujours judicieux de penser des phénomènes qui impliquent les technologies de l’information
et de la communication à partir des études empiriques d’usages des supports ? A-t-on pu
développer des méthodes pour approcher et prendre en compte la singularité des terrains aussi divers, socialement, politiquement, culturellement, économiquement et géographiquement, que complexes ?
La recherche en SIC et en Sociologie des médias montrent depuis plusieurs décennies
comment les offres médiatiques sont soumises à une réappropriation par les publics selon
divers critères renvoyant à des facteurs psychologiques, socio-économiques, culturels et
historiques (entre autres Jouët, 2011 ; Paquienséguy, 2012 ; Proulx, 2015). Dès lors et afin de
dépasser tout positivisme mcluhanien, les usages des médias ne sont pas mécaniques mais
diversifiés, révélant des habiletés des populations qui reçoivent ces messages. Évoquer les
médias de manière dissociée des contextes historiques, culturels, politiques,
socioéconomiques, etc., des pays, c’est rendre mythologique leur pouvoir. Il devient ainsi
plausible de saisir l’interaction entre l’espace de production et celui des usages tout comme
les mouvements d’appropriation des formats industriels dans leur diversité sociale et
culturelle (Martin-Barbero, 1987).
Les phénomènes liés aux dispositifs numériques révèlent des pratiques dont l’analyse ne se
fait pas seulement du point de vue du support technologique, mais bien de celui d’actions
communicationnelles conduites par des agents sociaux. La nature même des usages de ces
techniques d’information et de communication numériques comme objets sociotechniques
renvoie à un ensemble de stratégies d’acteurs.
Les mouvements de mobilisation actuels ont ainsi été un terrain d’observation de la
constitution de « contre-publics concurrents » et des modalités de fonctionnement du débat
sur les dispositifs sociotechniques comme alternatives au débat public. Les TIC apparaissent
à première vue comme des espaces publics alternatifs, comme outils d’échange public et de
participation citoyenne (Lits, 2014). Ces espaces qui naviguent entre sphère numérique et
réalité présentent des divergences multiples avec l’espace public rêvé par Habermas et les
formes d’actions « hors-lignes ». L’action développée à travers les moyens de communication
s’apparenterait davantage aux « arènes discursives parallèles » avancées par Nancy Fraser
(2005) et qui permettent aux citoyens ou aux groupes sociaux « subordonnés » de créer les
conditions d’émergence et de circulation des « contre-discours ». Ces dispositifs rendent alors
publiques d’autres lectures de la société aux niveaux culturels, social et politique qui révèlent
autant les intérêts de ces groupes que leurs traits identitaires.
Des travaux récents montrent bien l’émergence de nouvelles formes de l’agir citoyen au
niveau des pratiques délibératives (Lits, 2015), de la gestion du territoire (Alexis, Ottaviano,
2014), de soutien aux associations (Seurrat et al., 2014), de l’apparition de nouvelles formes
de légitimité (Merah, 2016), d’enjeux de consommation en relation à son aire culturelle
d’appartenance (Pulvar, 2017), etc. Les études des terrains maghrébins par exemple
(Bendahan, 2018 ; Daim-Allah, 2014 ; Touati, 2015 ; Zlitni, Lienard, 2018 ; etc.) ont quant à
elles mis en évidence l’émergence de nouvelles formes d’écriture, des modalités de dissimulation de la contestation, de nouveaux rapports aux migrants, etc. En conséquence, est-il pertinent de conclure au jaillissement de nouvelles formes d’expression au-delà des pratiques de divertissement ?
Dès lors, quelles sont les formes et modalités de la métamorphose de l’expression des acteurs
sociaux sur le plan stylistique, discursif, social, politique, culturel, artistique, religieux, etc., au
contact du numérique et des TIC dans un contexte marqué aussi bien par la fermeture matérielle et/ou symbolique que par le recul de la participation citoyenne traditionnelle et
l’émergence de nouvelles formes d’engagement citoyen au niveau civique, environnemental,
associatif, solidaire, etc. ? À partir de cette problématique, quels sont les apports et les
avancées des travaux de recherche actuels sur la question ?
Peut-on faire un bilan de la recherche en SIC et plus globalement en SHS sur le plan empirique
et épistémologique mais également sur la circulation et la transversalité des approches et
méthodes en SHS ?
Il s’agit ainsi de saisir les métamorphoses, permanences et ruptures, de l’expression des
acteurs sociaux, au contact des réseaux numériques et des TIC au niveau de l’offre, des
stratégies d’acteurs et des usages.
Les contributions pourront aborder sans exclusive des problématiques en lien avec les axes
suivants (liste non exhaustive) :
1. Réseaux sociaux numériques et TIC : constances et évolutions des formes et
modalités d’expression, d’engagement, de contestation, etc.
2. Métamorphose de l’action citoyenne au contact des TIC : formes langagières,
énonciatives, sémiotiques, sociales, culturelles, artistiques, religieuses, commerciales,
divergences intergénérationnelles, etc.
3. Identités et réseaux numériques : mobilisations citoyennes autour des questions
migratoires, nouvelles formes de mobilité, de migration, d’exil, expériences
migratoires, etc.
4. Médias traditionnels et numérique : évolution de l’offre, du regard des publics, des
stratégies commerciales, etc.
5. Dispositifs sociotechniques comme alternatives au débat public : constitution de
« contre-publics concurrents », nouvelles formes de gestion du territoire, d’implication
des citoyens, de délibération, etc.
6. Transversalités des approches et méthodes en SHS pour saisir la complexité des
mouvements sociaux.
7. Bilan, apport et avancées de la recherche en SIC/SHS sur les différents liens entre
mouvements sociaux et réseaux numériques.
Calendrier et Modalités pratiques :
– Date limite de soumission des propositions de communication de 2 500 signes avec le nom
de l’auteur, fonction et adresse électronique, numéro de l’axe : 10 novembre 2019.
– Les propositions seront évaluées en double aveugle. Elles doivent être envoyées aux adresses
suivantes : fdaghmi@univ-poitiers.fr ; a.amsidder@uiz.ac.ma
– Date de notification de la décision du comité scientifique : 2 décembre 2019.
– Date d’envoi des articles complets (25 000 signes espaces compris) : 2 février 2020.
– Date de notification de la décision du comité scientifique : 3 mars 2020.
– Publication des Actes d’Agadir 2020 (ouvrage en version papier) : pour le colloque.
Langue du colloque :
Français (possibilité de faire des propositions en arabe et en anglais).
Conférenciers invités :
Valérie Jeanne-Perrier, Celsa, Sorbonne Université.
Françoise Paquienséguy, Sciences Po Lyon.
Serge Proulx, Université du Québec à Montréal.
Frais d’inscription :
Les frais d’inscription comprenant les Actes (ouvrage), les déjeuners et les pauses café pour
les 3 jours sont de 150 euros (ou équivalent) pour les enseignants-chercheurs, et de 75 euros
(ou équivalent) pour les doctorants. Pour les chercheurs marocains, les frais d’inscription sont
respectivement de 1000 dhs et de 500 dhs.
Pour l’hébergement, une liste d’hôtels à un tarif préférentiel sera proposée par les
organisateurs du colloque.
Comité scientifique
Malika Abentak, Université Ibn Zohr
May Abdallah, Université Libanaise de Beyrouth
Driss Ablali, Université de Lorraine
Christian Agbobli, Université du Québec à Montréal
Sylvie Alemanno-Parrini, CNAM
Abderrahmane Amsidder, Université Ibn Zohr
Nacer Aoudia Université de Béjaia
Hassan Atifi, Université de Technologie de Troyes
Cristina Badulescu, Université de Poitiers
Mohamed Bendahan, Université Mohammed V de Rabat
Françoise Bernard, Université d’Aix-Marseille
Philippe Bonfils, Université de Toulon
Bertrand Cabedoche, Université de Grenoble
Alexandre Coutant, Université du Québec à Montréal
Fathallah Daghmi, Université de Poitiers
Marion Dalibert, Université de Lille
Paul Diédhiou, Université Assane Seck de Ziguinchor
Philippe Dumas, Université de Toulon
Abderrazak El Abbadi, Université de Fès
Hamida El Bour, Université de La Manouba, Tunis
Mokhtar El Maouhal, Université Ibn Zohr
Soumiya El Mendili, Université Mohammed V de Rabat
Hassan Ennassiri, Université Ibn Zohr
Béatrice Fleury, Université de Lorraine
Catherine Ghosn, Université de Toulouse
Fanny Georges, Université Paris 3
Gustavo Gomez-Mejia, Université de Tours
5
Gino Gramaccia, Université de Bordeaux
Bernard Idelson, Université de la Réunion
Pierre Kamdem, Université de Poitiers
Oumar Kane, Université du Québec à Montréal
Aurélie Laborde, Université de Bordeaux
Mirela Lazar, Université de Bucarest
Christian Le Moënne, Université de Rennes
Fabien Lienard, Université du Havre
Marc Lits, Université Catholique de Louvain
Tristan Mattelart, Université Paris II- Panthéon-Assas, IFP
Aissa Merah, Université de Béjaia
Hassan Moustir, Université Mohammed V de Rabat
Abdelfettah Nacer Idrissi, Université Ibn Zohr d’Agadir
Loum Ndiaga, Université du Québec en Outaouais
Françoise Paquienséguy, Sciences Po Lyon
Serge Proulx, Université du Québec à Montréal, Paris Télécom ParisTech
Olivier Pulvar, Université des Antilles
Cheick Oumar Traoré, Consultant, Secrétariat Général du Gouvernement du Mali
Zineb Touati, Université du Havre
Farid Toumi, Université Ibn Zohr
Jacques Walter, Université de Lorraine
Comité d’organisation
Abderrahmane Amsidder, Université Ibn Zohr, Agadir
Fathallah Daghmi, Université de Poitiers
Farid Toumi, Université Ibn Zohr, Agadir
Khadija Youssoufi, Université Ibn Zohr, Agadir
Etudiants du Master « Communication des organisations », Faculté des Lettres, Université Ibn
Zohr, Agadir.