Bibliographie
Que reste-t-il de l’immédiat et de la distance communicatifs ?
Aspects médiaux et conceptionnels des traditions discursives et du changement
linguistique
Le modèle de l’immédiat et de la distance (Nähe und Distanz) proposé par Peter Koch et Wulf Oester-
reicher (1985 ; 2011) a rencontré un succès extraordinaire dans les trente années qui ont suivi sa pre-
mière publication, tant dans la linguistique de langue allemande que dans la linguistique romanophone (Koch/Oesterreicher 2007 ; Feilke/Hennig 2016). La pertinence de cette approche variationnelle fondée sur des principes universalistes a été mise en évidence notamment en linguistique historique, dans son application à la proto-histoire et à l’histoire prémoderne des langues romanes (que l’on se rappelle, par exemple, ce que cette modélisation a apporté à la notion de latin vulgaire, à la description de la diglossie du latin tardif, aux concepts d’élaboration extensive et intensive, à l’étude de l’oral dans les textes médiévaux et prémodernes, ou encore à la compréhension des motifs ‘expressifs’ du changement linguistique). Le modèle n’est toutefois pas resté sans susciter des critiques, surtout de la part de linguistes travaillant sur les ‘nouvelles’ formes de l’écrit, basées sur internet. En effet, les particularités de ce langage ne s’expliqueraient pas simplement par des structures sous-jacentes essentiellement orales, représentées de manière imparfaite dans le médium graphique. Il faudrait plutôt considérer les aspects physiques des nouvelles formes de la communication en ligne (chat, messagerie instantanée) comme faisant partie intégrante des ‘conditions de communication’, qui servent à paramétriser le profil conceptionnel des traditions discursives dans le modèle de Koch/Oesterreicher. Dans une telle acception technique, le médium serait donc à retenir comme l’un des facteurs déterminants pour la manière spécifique dont est constitué le signe linguistique (Dürscheid 2003 ; Kailuweit 2009 ; Schneider 2016).
Le colloque poursuit l’objectif de réviser les fondements théoriques de la recherche sur l’oral et l’écrit inspirée du modèle de Koch/Oesterreicher. En partant des critiques qui ont été avancées contre l’application de ce modèle à l’étude linguistique des nouveaux médias, nous nous proposons d’aborder la question de l’interdépendance des aspects médiaux (graphie/phonie, supports techniques) et conceptionnels (immédiat/distance) de la variation dans une perspective diachronique également. Il s’agira dans ce contexte d’étudier les éventuelles conditions médiales du changement au niveau des traditions discursives ainsi que les éventuelles conséquences d’un tel conditionnement pour le changement linguistique. En outre, nous adresserons la question de l’importance qui revient au changement linguistique ‘par le haut’ en général, les innovations nées ou diffusées d’abord dans les domaines discursifs de la distance (ou bien à l’écrit) étant traditionnellement traitées en marge de l’étude historique des langues romanes.
Les contributions au colloque pourront s’inscrire dans les champs de réflexion suivants :
– Peut-on décrire des cas de figure historiques où un changement médial aurait entraîné un changement au niveau des traditions discursives et, par ce biais, un changement de structures linguistiques ? Dans quelle mesure peut-on appliquer, par exemple, les approches médiales développées en médiévistique à d’autres champs de la recherche en linguistique historique (imprimerie, journaux, médias audiovisuels) ?
– Dans quels domaines du lexique et de la grammaire l’élaboration (Ausbau) des langues ro-
manes a-t-elle marqué ces langues d’un point de vue typologique (Raible 1992) ? Quelle im-
portance revient dans ce contexte aux emprunts au latin ou à d’autres langues de prestige ? Y a-t-il des exemples qui soient à même d’illustrer, ou bien de discuter, le rôle respectif de l’oral et de l’écrit dans les processus de changement linguistique, soit pour ce qui est de la genèse, soit pour ce qui est de la diffusion d’une nouvelle structure linguistique (Koch 2004) ?
– Quelles sont les interdépendances entre le changement par élaboration à l’écrit d’une variété standard et le niveau des dialectes primaires d’une langue romane (la standardisation en tant que fusion ou neutralisation de différentes variétés régionales ; tendances conservatrices vs tendances innovatrices à l’oral ; reflets retardés du changement à l’oral dans les variétés écrites ; formation de dialectes tertiaires) ?
– Dans quelle mesure les nouvelles formes de l’écrit en ligne représentent-elles des variétés romanes dont l’usage était jusque-là réservé à l’oral ? Quelles sont les stratégies formelles et fonctionnelles de la sémiotisation graphique (cf. López Serena 2007 pour le concept d’oral représenté) ?
– Comment définir le concept de ‘médium’ dans la future recherche linguistique (Raible 2006) ?
Est-ce que la restriction à la dichotomie entre graphie et phonie proposée par Koch/Oesterreicher (2011 : 14) reste valable, ou bien faudra-t-il tenir compte à l’avenir de la diversification des traditions discursives en fonction de la diversité des supports techniques pour décrire de façon adéquate la variation linguistique ?
Nous invitons avant tout des contributions portant sur une ou plusieurs langues romanes et qui pro-
posent des éléments empiriques pour une description différenciée du changement linguistique, ou bien pour une réélaboration au niveau théorique du modèle de l’immédiat et de la distance communicatifs.
Nous accepterons en outre des exposés consacrés à l’histoire de la réception du modèle de Koch/Oesterreicher en romanistique ou dans d’autres disciplines, et qui mettent en relief les éventuelles incommensurabilités conceptuelles entre cette modélisation et d’autres traditions disciplinaires.
Les langues du colloque seront l’allemand, l’espagnol, le français et l’italien. Les résumés pour un ex-
posé de 30 minutes (+ 15 minutes de discussion) sont à adresser aux trois organisateurs avant le 1er juillet 2017. La notification d’acceptation ou non sera donnée le 31 juillet au plus tard.
Date et lieu du colloque
23 et 24 novembre 2017
Historisches Kolleg, Kaulbachstraße 15, 80539 Munich (http://www.historischeskolleg.de/)
La fin du colloque est prévue le vendredi à 16 heures au plus tard.
Conférenciers invités
Christa Dürscheid (Zurich)
Araceli López Serena (Séville)
Wolfgang Raible (Fribourg-en-Brisgau)
Comité d’organisation
Teresa Gruber (teresa.gruber@romanistik.uni-muenchen.de)
Klaus Grübl (klaus.gruebl@lmu.de)
Thomas Scharinger (thomas.scharinger@lmu.de)