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RJC 2016

Bibliographie

« Altérité langagière : stratégies d’adaptation et d’appropriation  »

Dans un ouvrage devenu classique, Le miroir d’Hérodote, François Hartog (1980) propose une analyse du discours que développe Hérodote sur les Scythes. Décrivant la « rhétorique de l’altérité » par laquelle l’historien grec parvient à « inscrire le monde que l’on raconte dans le monde où l’on raconte », il distingue plusieurs moyens de rendre intelligible l’étranger dans sa propre langue : l’inversion, la comparaison et l’émerveillement.

En continuant cette réflexion, nous souhaitons inviter les participants à explorer les stratégies à travers lesquelles chacun donne une place à l’altérité au sein de sa propre langue et de son propre discours. L’altérité, c’est-à-dire le caractère de ce qui est perçu comme autre, comme étranger, et même parfois comme étrange, est un pôle indispensable dans la construction des identités (Ferréol & Jucquois, 2003). Comment négocier la différence, comment la rendre familière ou tout du moins compréhensible dans ma langue ? Plusieurs stratégies peuvent opérer en parallèle ou en concurrence.
Ces stratégies d’appropriation et d’adaptation se font face et se complètent. La répétition, l’interprétation, la citation, la transcription, la reformulation, la traduction et l’apprentissage des langues étrangères y figurent.

Du point de vue épistémologique, l’altérité n’a pas toujours eu la même place dans les théories linguistiques (Dufaye & Gournay, 2010). Entre le dialogal et le dialogisme bakhtinien, entre les interdiscours et les concepts de coénonciation, l’altérité prend des formes différentes. On pourra penser aux recherches s’inscrivant dans la lignée de celles de Michel Pêcheux (Maldidier, 1990) en analyse du discours, sur les contraintes discursives dans lesquelles le sujet produit son discours, plus largement sur la notion d’ « interdiscours », faisant apparaître le discours traversé par le collectif. Les travaux en pragmatique du discours (Ducrot, 1980) conçoivent également ce dernier comme construit à plusieurs.

Le thème de l’altérité langagière, abordé sous l’angle discursif, nous invite également à envisager des recherches portant sur l’altérité inhérente au sujet. A partir des travaux sur le discours rapporté au sens large, la question du sujet clivé et de ses marques syntaxiques peuvent être soulevées, notamment si l’on pense à la notion d’« hétérogénéité constitutive » élaborée par Jacqueline Authier-Revuz (1982) et qui s’inscrit pleinement dans le questionnement proposé.

Néanmoins, la notion d’altérité peut être élargie à toutes les disciplines linguistiques. Comment une traduction peut-elle rester fidèle au texte source dans la mesure où les expressions ou l’imaginaire de la langue cible diffèrent ? Comment un système de reconnaissance peut-il fonctionner quand le locuteur s’exprime dans une variante non-standard ? Comment l’apprenant construit-il son identité langagière lors du contact avec l’Autre ? Ceci ne constitue qu’un échantillon des questions que peuvent se poser les chercheurs en sciences du langage confrontés à la problématique de l’altérité.

L’altérité est aussi un objet d’étude transversal qui tient à la manière dont un sujet rencontre la pensée, la langue, le discours et la culture de l’autre (Bornand & Leguy, 2013). La confrontation à une langue éloignée de la nôtre, que ce soit culturellement, géographiquement ou temporellement impose des choix qui peuvent conduire à une perte ou une création d’éléments (Chauvier, 2011). Comment se manifeste l’impact de l’altérité sur la langue, l’individu ou la communauté ?

Autant d’approches théoriques qui permettent de réunir des chercheurs en sciences du langage autour d’une problématique commune. Les participants pourront considérer les langues sous tous leurs media (oral, écrit, langue des signes).

Bibliographie :

  • Authier-Revuz, J. (1982). Hétérogénéité montrée et hétérogénéité constitutive, éléments pour une approche de l’autre dans le discours. In DRLAV, n°26, pp.91-151.
  • Authier-Revuz, J. (1995). Ces mots qui ne vont pas de soi : Boucles réflexives et non-coïncidences du dire. Paris : Larousse.
  • Bakhtine, M. (1978). Esthétique et théorie du roman. Paris : Gallimard.
  • Bakhtine, M. (1984). Esthétique de la création verbale. Paris : Gallimard.
  • Bornand, S. & Leguy, C. (2013). Anthropologie des pratiques langagières. Paris : Armand Colin.
  • Chauvier, E. (2011). Anthropologie de l’ordinaire : une conversion du regard. Toulouse : Anacharsis.
  • Ducrot, O. (1980). Le Dire et le Dit. Paris : Minuit.
  • Dufaye, L. & Gournay, L. (2010). L’altérité dans les théories de l’énonciation. Paris/Gap : Ophrys.
  • Ferréol, G. & Jucquois, G. (2003). Dictionnaire de l’altérité et des relations interculturelles. Paris : Armand Colin.
  • Hartog, F. (1980). Le Miroir d’Hérodote. Essai sur la représentation de l’autre. Paris : Gallimard.
  • Maldidier, D. (1990). L’inquiétude du discours : textes de Michel Pêcheux. Paris : Cendres.

Le colloque est ouvert à tous : masterants, doctorants, jeunes chercheurs...

Entrée libre en fonction des places disponibles.

Une attestation de présence sera remise aux participants.

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