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Sound Symbolism and Crossmodal Correspondences // Symbolisme Phonétique et Correspondances Transmodales

Bibliographie

PCT - Symbolisme Phonétique & Correspondances Transmodales

SSCC - Sound Symbolism & Crossmodal Correspondences

Colloque international interdisciplinaire

Université Paris 4 - Sorbonne / Salle des actes

4 et 5 mai 2017

Organisateurs

Philippe Monneret (Université Paris 4 - Sorbonne)

Luca Nobile (Université de Bourgogne)

Conférenciers invités

DamiÁn Ezequiel Blasi (Université de Zurich, CH)

Ophélia Deroy (Université de Londres, GB)

Vanja Ković (Université de Belgrade, SR)

Charles Spence (Université d’Oxford, GB)

Søren Wichmann (Université de Leiden, NL)






Appel à communication

(version 1.0 - 26 November 2016)





Le colloque SPCT/SSCC vise à susciter une rencontre entre les chercheurs travaillant dans le champ du symbolisme phonétique et ceux qui travaillent sur les correspondances transmodales. Les disciplines sollicitées sont la linguistique, la philosophie, les études littéraires, la psychologie expérimentale et, plus largement, les sciences cognitives. Si, au plan international, les recherches sur le symbolisme phonétique et sur les correspondances intermodales se sont considérablement développées depuis une vingtaine d’années, ces thématiques sont encore mal connues en France. Le colloque SPCT//SSCC a donc également pour objectif de contribuer au développement de ce type de thématique dans la recherche française.





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La notion de « symbolisme phonétique » (cfr. 40, 47, 54, 73, 74, 79) vise à caractériser tout type de lien motivé, que ce soit direct ou indirect, par similarité ou par contiguïté, entre le signifiant phono-articulatoire d’une unité linguistique et son signifié, son concept, ou son référent. Il s’agit d’une forme d’iconicité opérant sur le niveau phonologique (27, 51, 70). Bien que cette notion soit clairement opposée au principe dit de « l’arbitraire du signe », les travaux contemporains sur le symbolisme phonétique ne nient en aucune façon la pertinence de ce principe mais considèrent qu’il ne rend compte que d’un aspect partiel des phénomènes langagiers. L’existence de phénomènes relevant du symbolisme phonétique est en effet prouvée par un vaste ensemble de données, à la fois expérimentales et descriptives.

La recherche expérimentale (6, 11, 13, 15, 16, 17, 18, 20, 26, 35, 38, 41, 42, 57, 65, 67, 71, 72, 79, 85, 88, 92, 97) a interrogé la tendance spontanée des locuteurs à attribuer des valeurs « proto-sémantiques » intrinsèques aux sons du langage et a démontré, par exemple, que l’opposition entre des phonèmes [graves] comme /u/ ou /b/ et des phonèmes [aigus] comme /i/ ou /p/ est associée régulièrement aux oppositions visuelles entre grand et petit, courbe et pointu, sombre et lumineux, entre autres. Plus récemment, la recherche en neurophysiologie a commencé à identifier les régions du cortex et les créneaux temporels de l’activité cérébrale spécifiquement associés au traitement du symbolisme phonétique (5, 58, 81).

De son côté, la recherche descriptive a fourni des analyses de plus en plus approfondies et systématiques des principaux phénomènes de symbolisme phonétique présents dans les langues : les onomatopées (43, 54, 82, 93, 100), les idéophones, parfois appelés mimetics ou expressives (1, 2, 3, 19, 33, 34, 45, 48, 53, 78, 86, 87, 96), les phonesthèmes et le submorphèmes (6, 8, 9, 10, 37, 44), les structures phonosémantiques de la morphologie (51, 52, 59, 94, 68, 69) et plus récemment la tendance générale du lexique à s’organiser de façon iconique, mise en lumière par les études sur les grands corpus (7, 25, 46, 61, 95, 98).

Ces résultats ont des retombées applicatives intéressantes dans plusieurs domaines, par exemple le marketing (55, 66, 99), l’étude de l’acquisition et de l’apprentissage des langues (76, 60, 49, 50, 75), l’analyse littéraire (4, 12, 28, 29, 39, 89, 91) et la spéculation théorique sur l’origine du langage (14, 80, 83, 84).

Au plan théorique, le symbolisme phonétique constitue un cas exemplaire de la « cognition incarnée », dans la mesure où son existence dans le langage plaide en faveur d’un lien fondamental entre les unités linguistiques et la vie perceptive, motrice et émotionnelle des sujets parlants.





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L’étude des correspondances transmodales ("crossmodal correspondences" ; cfr. 32, 90) peut être considérée comme une généralisation de la problématique du symbolisme phonétique. Au lieu de s’intéresser au lien entre l’expérience phono-articulatoire des sons du langage et l’expérience des significations, elle s’intéresse au lien entre deux expériences sensori-motrices quelconques : audition et toucher, audition et goût, vision et toucher, vision et olfaction, etc.

Par exemple, il a été récemment démontré que les odeurs de la fumée et du chocolat tendent à être associées à des sons plus graves que les odeurs des agrumes et des fruits (23, 24, 30), tandis que les goûts amer et salé sont perçus comme plus graves que le sucré et l’acide (21, 22, 56). Les rapports entre les correspondances transmodales et la synesthésie sont encore à l’étude mais il semble établi que, si les synesthètes présentent des particularités cognitives qui les distinguent de la majorité des individus, les correspondances transmodales sont au contraire une caractéristique générale de la cognition humaine (30).

Certaines de ces correspondances sont considérées comme universelles (par exemple entre l’intensité sonore et la luminosité), d’autres sont supposés culturellement variables (par exemple entre la hauteur physique, haut/bas et la hauteur acoustique, aigu/grave ; cfr. 36). Dans tous les cas, elles sont une propriété fondamentale de notre système cognitif, qui joue un rôle essentiel dans la compréhension de l’intégration multi-sensorielle et qui peut en outre être considérée comme un précurseur de l’aptitude à l’abstraction. C’est pourquoi ce type de phénomène intéresse aussi bien la psychologie cognitive et la neuropsychologie que la philosophie de la cognition (32, 77).





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La rencontre entre symbolisme phonétique et correspondances transmodales peut s’avérer fructueuse non seulement pour leurs points d’intersection, mais également en raison des écarts et des différences qui les séparent. D’une part, en effet, les deux phénomènes procèdent d’analogies hétérogènes, c’est-à-dire de processus cognitifs fondés sur des similarités entre entités de nature ontologique différente (62, 63). D’autre part, pourtant, chacun d’entre eux excède en partie le domaine de l’autre.

La recherche sur les correspondances transmodales analyse une plus large variété de phénomènes perceptifs et met en lumière le réseau de liens extralinguistiques existant entre eux : cela peut constituer une importante source d’hypothèses pour la recherche sur le symbolisme phonétique (par exemple, sachant que l’amer est associé aux notes graves, on peut se demander si l’expression linguistique de l’amertume tend ou non à préférer des phonèmes graves, ou si elle tend ou non à se rapprocher phonologiquement de l’expression linguistique de la gravité).

De son côté, la recherche sur le symbolisme phonétique n’analyse, certes, qu’un sous-ensemble délimité de phénomènes intermodaux mais elle est amenée à le faire toujours dans le cadre d’un système formel d’oppositions et de combinaisons, celui de la langue. Ce dernier fonctionne en partie comme une totalité solidaire et complexe. Cela peut constituer un défi pour la recherche expérimentale sur les correspondances transmodales, car il s’agit de comprendre comment une pluralité d’effets perceptifs simples peut se combiner à l’intérieur d’un système pour donner lieu à des effets complexes.

C’est à la fois au point d’intersection entre les deux domaines et à leur complémentarité que ce colloque s’intéressera, en suscitant une rencontre entre linguistes, psychologues, philosophes, spécialistes des études littéraires, des sciences cognitives ou encore du traitement automatique des langues. Les questions directrices de la réflexion seront les suivantes :





a) Dans l’état actuel de la recherche, comment peut-on s’appuyer sur les résultats et les méthodologies disponibles pour progresser vers une plus grande systématicité des analyses ?

b) Quelles stratégies peut-on adopter pour parvenir à des analyses concluantes, non seulement sur les faits perceptifs élémentaires, mais également sur leurs interactions et combinaisons à l’intérieur de structures complexes comme celles des langues ?

c) Comment départager les phénomènes universaux de ceux qui dépendent des langues et des cultures, et comment rendre compte de leur présence simultanée et de leur influence réciproque ?





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Les propositions de communications pourront aborder les thèmes suivants (liste non exhaustive) :





- Approches théoriques du symbolisme phonétique et/ou des correspondances transmodales

- Universaux dans le champ du symbolisme phonétique et/ou des correspondances transmodales

- Recherches expérimentales sur le symbolisme phonétique et/ou les correspondances transmodales

- Recherches descriptives sur le symbolisme phonétique dans les langues et dans les textes

- Rôle des corpus informatisés et du traitement automatique du langage dans la recherche descriptive sur le symbolisme phonétique

- Rôle du symbolisme phonétique et/ou des correspondances transmodales dans l’acquisition et dans l’apprentissage des langues

- Applications dans les domaines du marketing, du web sémantique et de l’intelligence artificielle





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Les langues du colloque sont le français et l’anglais.





Les propositions, comprenant un titre et un résumé de 2000 signes (espaces et bibliographie inclus), seront adressées avant le 10 février 2017 simultanément aux deux organisateurs :





philippe.monneret@paris-sorbonne.fr

luca.nobile@u-bourgogne.fr





Les frais d’inscription pour les participants sont de 100 € (avant le 10 Avril) ou 150 € (après le 10 Avril). L’accès est gratuit pour le public.

Liens

Site du colloque
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